Image d’Ukraine : est-elle “extrémiste”?

ImageSi cette question est grave, c’est parce qu’elle se pose sur fond de menace d’instauration de l’état d’urgence à Kiev. Les arguments mensongers avancés pour justifier les répressions dirigées contre la société civile tournent autour de l’accusation «d’extrémisme ». On a vu échouer la tentative d’imposer une loi permettant d’arrêter quiconque se moque du Président et accuse le pouvoir d’usurpation sur Facebook. La propagande poutinienne ne se gêne donc pas pour coller sur l’Ukraine indocile l’étiquette « d’extrémisme ». Mais les faits contredisent cette généralisation captieuse.

Quels sont les personnages qui constituent notre nouvel imaginaire social ? L’un d’eux est la « Marianne de la révolution ukrainienne » Elle se trouvait sur la place Maïdan la nuit du 30 novembre, lorsque la première vague de matraquages est tombée sur des personnes qui manifestaient paisiblement en faveur de l’association de l’Ukraine à l’Europe. Elle a vu le premier sang couler sur la place principale de Kiev et depuis elle y passe 24 heures sur 24 à travailler et témoigner de ce qu’elle vit.

LizaPour que des milliers de personnes puissent se trouver en permanence sur une place glacée, la cuisine constitue une barricade essentielle. Avec des centaines de bénévoles, Lisa a entrepris de nourrir les manifestants. La cuisine emploie plus de 1.500 bénévoles, qui ont baptisé leur installation « Lisa », du nom de cette jeune fille d’Ukraine orientale. Pourquoi ont-ils vu en elle celle qui les représentait avec le plus de légitimité ? Ce n’est pas pour contredire la propagande poutinienne, qui prétend qu’à Kiev ce sont les « extrémistes » d’Ukraine de l’Ouest qui donnent le ton. Lisa est née en Sibérie en 1986, elle a grandi près d’Odessa et habitait dans le Donbass. Dans l’enfance, une infirmité motrice cérébrale s’est déclarée, la privant de l’usage de ses bras. Mais elle tient des propos précis, qui signalent une intelligence claire et profonde excluant tout pathos guerrier et toute rhétorique de vengeance. Elle connaît la souffrance des handicapés, ces exclus parmi les exclus de la société post-soviétique. Pour elle, la sortie de ce ghetto, c’est l’Europe, où l’on a une autre attitude face au handicap. Sur la place Maïdan, elle a trouvé une société où elle n’est plus une handicapée mais l’amie de ses concitoyens. Nous avons tous vu en elle le symbole du refus non-violent de l’usurpation. Elle est devenue l’étendard de la marche clairement pacifique de centaines de milliers de gens vers la liberté. Pourquoi des handicapés physiques sont-ils soudain devenus des figures de proue du Maïdan ? Parce qu’en ces figures se reconnaissent bien tous ceux qui cherchent à surmonter leur « handicap » social, juridique et civil. A surmonter le mensonge politique qui touche chacun d’entre nous. Nos trois mots sont : liberté, dignité, vérité. Ils ont trouvé leur profil féminin authentique dans une « Marianne ukrainienne ». Le bonnet phrygien qu’elle porte a des allures de bonnet de cuisine. Et l’humour est l’antidote contre le virus de la peur.

Qu’adviendra-t-il de nous si la confiance est totalement balayée par la peur ? Si la peur sème la haine et la violence, non seulement chez « eux » mais aussi chez « nous » …? Pour tenir, pour ne pas se rendre, on peut, comme le disait Charles Péguy avant la Grande Guerre, trouver de l’aide auprès de la courageuse « petite fille Espérance ». Essayons de ne pas l’exclure de l’avenir de l’Ukraine et de l’Europe.

Constantin Sigov

Advertisements

One thought on “Image d’Ukraine : est-elle “extrémiste”?

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s